Projet
À propos du projet SAVIE-LGBTQ
Tout au long de ce projet s’échelonnant sur dix ans (2016-2026), les questions suivantes sont examinées :
- Quelles formes d’exclusion subissent les personnes LGBTQ, des plus subtiles aux plus criantes : au travail, dans leur famille et dans leurs réseaux sociaux ?
- Comment se vit leur inclusion sociale ?
- Comment les situations d’inclusion et d’exclusion varient-elles selon l’âge, les trajectoires de vie, les appartenances sociales et les milieux de vie des personnes de la diversité sexuelle et de genre ?
- Les politiques publiques mises en place au Québec et au Canada pour mettre fin aux discriminations atteignent-elles leurs objectifs d’égalité sociale ? Engendrent-elles des effets non souhaités ? Négligent-elles des groupes particulièrement vulnérables ?
Pour y répondre, nous misons sur le croisement constant des savoirs scientifiques, d’intervention et d’expérience. Grâce à un vaste partenariat de recherche, ce projet vise à soutenir le développement et l’amélioration de politiques, programmes et services touchant les populations LGBTQ. À l’aide d’une approche innovante de modélisation des connaissances, il permet aussi de concevoir des webinaires et des capsules vidéo accessibles à distance, gratuitement, pour satisfaire les nombreux besoins de sensibilisation et de formation sur la diversité sexuelle et de genre.
Nous vous invitons à découvrir le projet SAVIE-LGBTQ et à accéder aux nombreux outils sur le site web pour explorer les résultats de la recherche et les partager.
Bonne visite du site web SAVIE-LGBTQ !
Martin Blais et Isabel Côté, codirecteur et codirectrice du projet SAVIE-LGBTQ
Contexte
N.B. : Ce contexte a été rédigé lorsque le projet a été conçu, en 2015.
À l’échelle internationale, en quelques décennies, les discours juridiques, sociaux et politiques sur les personnes LGBTQ se sont largement transformés, passant d’exclusion complète à inclusion croissante. Le Canada est un pays réputé pour s’être doté de lois et de politiques permettant la reconnaissance des droits des personnes LGBTQ et des couples de même sexe. Il n’en a pas toujours été ainsi. Avant l’adoption du bill Omnibus en 1969, l’homosexualité était criminalisée. Elle était aussi considérée comme un péché et une maladie. Les personnes homosexuelles ou bisexuelles étaient confinées à l’invisibilité, à la clandestinité, visées par une lourde répression policière, religieuse et sociale. Depuis les années 1990, les Canadien·nes LGB ont acquis le droit de servir ouvertement dans l’armée, de se marier et d’adopter. Les lois fédérales, provinciales et territoriales sur les droits de la personne interdisent la discrimination en raison de l’orientation sexuelle. Le Québec a été le premier État à interdire une telle discrimination en 1977 et à octroyer des droits parentaux aux couples de même sexe en 2002. Il se démarque à nouveau en adoptant en 2009 une Politique québécoise de lutte contre l’homophobie, puis un Plan d’action gouvernemental de lutte contre l’homophobie 2011-2016, suivi d’un second Plan d’action gouvernemental de lutte contre l’homophobie et la transphobie 2017-2022.
Les avancées pour les personnes trans sont plus récentes. Au Québec, depuis le 1er octobre 2015, les personnes trans de 18 ans et plus peuvent changer la mention de sexe sur leurs documents d’identité sans obligation de transition médicale. Avec l’adoption de la loi 103 en juin 2016, un tel changement est aussi possible pour une personne mineure de 14 ans et plus de même que pour un enfant de 13 ans ou moins si la demande est formulée par les parents ou tuteur·trices. De plus, l’identité de genre et l’expression de genre font désormais partie des motifs interdits de discrimination dans la Charte des droits et libertés de la personne du Québec afin de conférer une protection explicite aux personnes trans. Le Québec rejoint ainsi une majorité de provinces canadiennes et les Territoires-du-Nord-Ouest qui ont agi dans le même sens. Au niveau fédéral, la loi C-16, qui a obtenu l’approbation du Sénat en juin 2017, ajoute ces motifs à la Loi canadienne sur les droits de la personne, qui s’applique, entre autres, aux entreprises soumises à la juridiction fédérale, ainsi qu’aux lois concernant la propagande haineuse et les crimes haineux.
Bien qu’elles bénéficient de certaines protections juridiques formelles, les personnes LGBTQ vivant au Québec demeurent confrontées à des expériences d’exclusion et de discrimination qui se déclinent distinctement auprès de différents sous-groupes.
Volets du projet
Volet 1. Documenter les formes contemporaines d’inclusion/exclusion sociale des personnes LGBTQ vivant au Québec (Martin Blais, chercheur principal)
Le premier objectif de la programmation du projet de recherche partenariale SAVIE-LGBTQ était de documenter les expériences d’inclusion/exclusion rapportées par un échantillon large et diversifié de personnes LGBTQ résidant au Québec. Nous avons observé ces dynamiques d’inclusion/exclusion dans trois sphères de la vie sociale : 1) le travail, qui renvoie à l’exercice (ou non) d’un emploi dans un secteur économique et un cadre organisationnel (entreprises privées, publiques, économie sociale, organismes communautaires, à la pige, etc.) ; 2) la famille : celle d’origine, celle créée avec la mise en couple et l’arrivée d’enfants, celle aussi que l’on dénomme « famille choisie », constituée diversement de membres de la famille d’origine, d’ami·es et d’ex-conjoint·es qui forment un groupe intime offrant sécurité, confiance et réciprocité dans le soutien des un·es envers les autres ; 3) les réseaux sociaux (réels et virtuels), soit les relations de proximité qui génèrent un sentiment d’appartenance et de reconnaissance et donnent lieu à l’échange d’aide et de ressources de toutes sortes. Ces réseaux prennent diverses configurations et comprennent aussi les espaces communautaires.
Cet objectif a été atteint à partir d’une enquête transversale réalisée à l’aide d’un questionnaire bilingue portant sur les vécus et les expériences d’inclusion et d’exclusion ou de non-reconnaissance dans les sphères de vie professionnelle, familiale et sociale. Le questionnaire ra également recueilli des informations sociodémographiques sur des facteurs favorisant ou défavorisant l’inclusion sociale.
L’enquête a rejoint plus de 5 000 personnes s’identifiant comme LGBTQ (quels que soient les termes utilisés au quotidien pour se définir et se présenter aux autres). Des efforts importants ont été déployés afin de rejoindre des personnes dans toutes les régions du Québec et issues de milieux variés. Toute personne s’identifiant comme LGBTQ et résidant au Québec pouvait participer à l’enquête en répondant au questionnaire en ligne.
Les analyses statistiques comprenaient deux stratégies : 1) des analyses descriptives et comparatives permettront de décrire les divers sous-groupes de minorités sexuelles et de genre sur les variables sociodémographiques (ex. âge, cohorte de naissance, classe socioéconomique) et territoriales, ainsi que les vécus d’inclusion et d’exclusion ou de non-reconnaissance et 2) des analyses de régression et d’acheminement (path analysis) ont permis de mieux comprendre les processus d’inclusion/exclusion des minorités sexuelles et de genre. Elles incluaient des modèles de médiation et de modération examinant l’effet de facteurs susceptibles de soutenir leur inclusion sociale et l’effet de facteurs susceptibles d’exacerber leur exclusion.
Volet 2. Comprendre les parcours d’inclusion/exclusion sociale rapportés par des personnes LGBTQ de différents groupes d’âge (Isabel Côté et Line Chamberland, chercheures principales)
Alors que le premier volet s’intéressait à la situation actuelle, celui-ci retraçait des parcours d’exclusion et d’inclusion sociale vécus par des personnes LGBTQ de diverses générations. Il s’agissait ici de mieux comprendre les dynamiques de ces parcours, les moments qui en constituent des points tournants (en termes d’exclusion ou d’inclusion) et leurs répercussions sur une ou plusieurs sphères de vie. Il s’agissait aussi d’examiner la manière dont les participant·es abordent les contextes historiques, politiques et sociaux qui ont influencé leur parcours de vie.
Ce volet fait appel à la méthode du récit de vie mené à partir d’un calendrier des points tournants concernant l’inclusion/exclusion dans les sphères de vie professionnelle, familiale et sociale. Des récits de vie ont été recueillis auprès de 150 personnes. Cette méthode a été sélectionnée en raison de sa flexibilité et de l’exploration qu’elle permet, tant des formes d’inclusion/exclusion vécues que de leurs effets interreliés et cumulés au fil de la trajectoire de vie. Les récits ont aussi permis de saisir comment les participant·es évoquent les changements législatifs et l’adoption des politiques publiques depuis 1969. Nous nous attendions à ce que ces références varient selon l’âge — les personnes aînées ayant connu la criminalisation de l’homosexualité, alors que les plus jeunes ont grandi avec le mariage civil et les droits parentaux pour les couples de même sexe.
Les récits ont été enregistrés et transcrits. La méthode d’analyse préconisée était biographique et privilégiait la relation entre l’histoire personnelle des participant·es et celle de la société québécoise. Elle s’est faite en fonction de deux axes : 1) une analyse de type monographique et 2) une analyse thématique. L’analyse monographique (ou intra-cas) a mis en évidence le sens accordé par les personnes aux différents points tournants de leurs parcours de vie. L’analyse thématique (inter-cas) considérait les expériences communes aux personnes LGBTQ présentant différents types de profils.
Le récit a été recueilli lors d’entretiens individuels réalisés en deux temps dans des délais rapprochés :
1) élaboration d’un calendrier de vie dans lequel le ou la participant·e identifiait de trois à cinq points tournants de son parcours dans chaque sphère et de son cheminement relatif à l’orientation sexuelle et l’identité de genre;
2) entretien approfondi pour capter le récit de vie du ou de la participante organisé autour de ces points tournants. Nous ne voulions pas présumer de l’importance de moments-clés qui sont souvent considérés a priori comme des points tournants (ex. coming out aux parents) pour laisser place à l’univers de sens des participant·es.
Volet 3. Réaliser une analyse critique des politiques publiques québécoises et canadiennes mises en place pour favoriser l’inclusion des personnes LGBTQ
Le troisième objectif de la programmation comprenait la réalisation d’une analyse critique des principales politiques publiques québécoises et canadiennes visant à favoriser l’inclusion des personnes LGBTQ. Il s’agissait de questionner la manière dont ces politiques construisaient les personnes LGBTQ pour en faire des citoyen·nes socialement acceptables et politiquement défendables. Un nombre grandissant de travaux suggérait, lors de l’élaboration du projet, que les politiques publiques concernant les personnes LGBTQ encourageaient l’hétéronormativité, c’est-à-dire la normalisation des modes de vie semblables aux modèles hétérosexuels (par ex. misant sur l’accès au mariage/à la parentalité). Dans une perspective critique d’analyse discursive, nous souhaitions mettre à jour la manière dont les politiques formaient les problèmes d’inclusion des personnes LGBTQ, ainsi que leurs solutions, et ce faisant, construisaient, incluaient ou, en raison de leur biais hétéronormatif, excluaient des citoyens et leurs identités.
Notre définition des politiques publiques couvrait les lois, les discours parlementaires et les interventions des ministres hors de l’enceinte parlementaire, les rapports d’enquête et les plans d’action gouvernementaux (dont celui adopté au Québec en 2011). Dans le domaine de la famille, deux politiques étaient étudiées : au Québec, la Loi instituant l’union civile et établissant de nouvelles règles de filiation (2002) et, sur la scène fédérale, la Loi sur le mariage civil (2005). Dans le domaine du travail, nous examinions : 1) l’intégration des motifs « orientation sexuelle/identité de genre » dans les lois et les mesures provinciales/fédérales en matière de prévention et de protection contre les discriminations directes/indirectes et le harcèlement en emploi et 2) l’exercice des recours, soit l’examen des plaintes déposées ainsi que les décisions des instances chargées de les recevoir. Par rapport aux réfugié·es, il s’agissait d’examiner si les politiques fédérales alimentaient une approche hétéronormative de l’inclusion des personnes LGBTQ à la citoyenneté canadienne. Relativement au Code criminel, nous examinions les dispositions en regard de crimes haineux (niveau fédéral) et leur mise en application (niveau provincial) selon les rapports produits par Statistique Canada.
Cet éventail de politiques aménageait une perspective large, riche et détaillée des régimes québécois et canadien de citoyenneté pour les personnes LGBTQ. Il permettait d’apporter des réponses nuancées à la question de savoir si les personnes LGBTQ étaient incluses ou non dans différents espaces du vivre-ensemble. L’analyse développée a permis d’apprécier, à l’aune des décisions étatiques, les expériences des personnes LGBTQ sondées à travers les autres volets de la recherche, dans une approche de triangulation des données.
Étapes du projet
Enquête
Ayant pris fin le 7 août 2020, l’enquête en ligne SAVIE-LGBTQ cherchait à comprendre les formes d’exclusion auxquelles nous faisons face dans la société en tant que personnes LGBTQ+ et quels comportements, gestes ou expériences nous font sentir bien et inclu·es, et ce, dans toutes les sphères de nos vie (famille, travail, entourage, vie de quartier, services de santé, etc.).
Plus de 4870 participant·es, s’identifiant comme lesbiennes, gaies, bisexuelles, trans ou queer (LGBTQ+) et demeurant au Québec, ont répondu à l’enquête.
Récits de vie
Au total, 137 personnes ont été rencontrées. Le recrutement des participant·e·s s’est majoritairement effectué à travers les réseaux sociaux et les différents organismes québécois concernés par les enjeux LGBTQ+ entre l’été 2018 et l’été 2020. Comme la plupart des études sur les personnes et communautés LGBTQ+ présentent des échantillons homogènes composés de personnes blanches, urbaines et socioéconomiquement favorisées (Fisher, Irwin et Coleman, 2014 ; Wheeler, 2003), certains choix ont été faits pour assurer la diversification de l’échantillon. Cela a conduit à valoriser la participation de personnes 1) résidant à l’extérieur des grands centres urbains, 2) racisées, 3) défavorisées sur le plan socioéconomique, 4) vivant en situation de handicap.
Ateliers réflexifs
Nous avons organisé des ateliers réflexifs qui mèneront à la réalisation de fiches synthèses (research brief) présentant un résumé vulgarisé des connaissances scientifiques ou d’expérience résultant de nos travaux, leurs implications pour la pratique et des pistes de réflexion à l’intention des décideur·euses.



